(fil-fax 28/02/15)
Le directeur général du Mémorial de Caen Stéphane Grimaldi avait annoncé jeudi sa décision de reporter « à des jours meilleurs » les cinquièmes Rencontres du dessin de presse, prévues les 10 et 11 avril avec 44 dessinateurs. « Parce que notre site internet a été plusieurs fois attaqué et en raison du drame de Copenhague, nous ne pouvons organiser sereinement nos prochaines rencontres », avait-il expliqué par communiqué de presse. Il assurait alors que de « nombreux » dessinateurs tant étrangers que français, lui avaient fait part de « leurs inquiétudes ».
Depuis, de nombreuses voix s’étaient élevées sur les réseaux sociaux, dénonçant « le principe de précaution » qui consistait à « céder à la peur » dans un « un lieu aussi symbolique que le Mémorial ». De son côté, le Mémorial justifiait sa décision par le principe de « responsabilité » avant de faire finalement machine arrière. Vendredi en début d’après-midi, sa direction annonçait que l’évènement se tiendrait en octobre.
Ces rencontres avaient été lancées en 2011 en partenariat avec l’association internationale Cartooning for peace, créée par Kofi Annan et Plantu. En avril dernier, quatorze dessinateurs étaient venus d’Algérie, Iran, Maroc, Mexique, Palestine, Russie… Depuis, les attentats contre Charlie Hebdo et les manifestations qui ont suivi (avec 30.000 personnes dans les rues de Caen, le 11 janvier) ont changé la donne.
La question de la tenue ou non d’une telle manifestation s’était déjà posée fin janvier, pour la 42ème édition du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême qui avait organisé un prix et une exposition dédiés à Charlie Hebdo. Le choix avait été fait de la maintenir mais sous haute surveillance : renfort de centaines de gendarmes et d’agents de sécurité, installation de portiques détecteurs de métaux, contrôle des sacs à l’entrée… « Les terroristes tendent un piège à toutes les démocraties », a commenté vendredi sur France Inter Jean-Pierre Mercier, conseiller scientifique du musée de la BD d’Angoulême. Interrogé sur la polémique caennaise, il a indiqué qu’il se créait « un rapport de forces entre la nécessité de conserver une forme de liberté d’expression d’opinion et la réalité d’une menace à laquelle on ne peut se soustraire complètement ». Le choix inverse a été fait le 22 janvier au musée Hergé de Louvain-la-Neuve où une exposition consacrée à Charlie Hebdo a été annulée par les autorités belges.