
L’Armée du Salut du Havre (Seine-Maritime) croule sous les demandes de logements et les dossiers administratifs. Pour comprendre son fonctionnement, les rouages entre les différents services, il faut s’armer de patience et d’une bonne capacité de concentration. Les nouveaux arrivants « sont toujours plus nombreux », assure le directeur adjoint de l’établissement du Phare, (l’un des site havrais de la fondation de l’Armée du Salut), Laurent Viguerard. Normandie-actu a visité le site du Phare et est allé à la rencontre de ses résidents.
3 700 personnes accueillies pour 100 salariés
L’Armée du Salut est une fondation publique, mais aussi une congrégation. La fondation compte 2 000 salariés, 3 000 bénévoles, et 140 établissements en France. Au Havre, elle est répartie sur trois sites : le Phare, près du stade Océane, le site « Mazeline » (situé derrière la gare), et celui de la rue Lamartine (dans le quartier de l’Eure). En 2013, les services de l’Armée du Salut du Havre ont accueilli environ 3 700 personnes. Au Phare, pour un dispositif d’environ 150 places, 500 personnes ont trouvé refuge en 2013.
Le nombre de personnes accueillies est à relativiser, puisque qu’il recense l’ensemble des personnes reçues par service en 2013. Or, certaines personnes passent d’un service à un autre, dans la même année », précise Laurent Viguerard.
Difficile de chiffrer, donc, et de savoir combien de personnes sont seulement « de passage », celles qui restent, puis reviennent. La durée du séjour est, elle aussi, variable. Elle est parfois de quelques heures, de quelques mois, ou aussi, de quelques années. La structure du Havre et l’une des plus importantes de France. Environ une centaine de personnes y travaillent toute l’année.
Dans l’attente du statut de réfugié
Passant par les escaliers de service, Christine Emö, chef de service CHRS Famille (ayant accueilli 85 personnes en 2013) et du Centre d’accueil de demandeurs d’asile (le « Cada », qui comptait, en 2013, l’accueil de 81 personnes), part à la rencontre de l’une des familles de résidents : une famille d’Albanais qui habite à l’Armée du Salut, depuis deux ans. La famille a quitté son pays et souhaite habiter en France : « Je voudrais remercier, vraiment, Angélique (ndlr : une assistante sociale travaillant au Phare) et les personnes qui nous accompagnent chaque jour », s’empresse de témoigner la mère de famille. En arrivant en France, en 2013, aucun des trois membres de la famille ne parlait français. Janvier 2015, la mère et son fils parlent couramment la langue :
Nous sommes vraiment contents ici. Nous n’aurions jamais pu avoir cette chance dans notre pays. Parfois, il y a des conflits entre les personnes au sein de l’établissement, car il y a beaucoup de cultures différentes, mais des réunions sont organisées pour régler les problèmes », ajoute la mère de famille.
Si la mère a obtenu le droit d’asile, son mari, qui a trouvé un emploi, attend toujours. « Le but est qu’ils puissent être autonomes, qu’ils aient un logement à eux. Nous les accompagnons dans leurs démarches et faisons le nécessaire pour qu’ils puissent vivre convenablement jusqu’à ce qu’ils trouvent un toit », commente Christine Emö. Pour le logement qui leur est proposé – composé de deux pièces et d’une cuisine pour une surface d’environ 38m2 – la famille paie une somme symbolique mensuelle à l’Armée du Salut, et reçoit un peu moins de 350 euros d’aides de l’État. En 2013, 50 personnes ont été accueillies, en attendant le statut de réfugié politique.
Vivre seul à l’Armée du Salut
Direction le CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale), où Mme Piard, la directrice du service, présente M.T., habitant depuis huit mois entre les murs de l’Armée du Salut.
Tant que je ne suis pas autonome, je ne peux pas travailler, et je ne peux pas trouver de logement. J’aimerais bien partir, mais je suis coincé avec mes problèmes de santé », confie-t-il.
Il y a quelques mois, il est resté plusieurs jours dans une chambre adaptée aux personnes nécessitant des soins médicaux. Fuyant le Congo Kinshasa, il a été reçu pour la première fois à la fondation, en tant que demandeur d’asile. Sa demande a été rejetée et il a été placé dans le service des « personnes seules », dans une partie du bâtiment. Il réside dans une pièce d’environ 15 m2, composée d’un lit une place, d’un bureau et d’une télévision. Ici, Monsieur T. n’a pas d’espace pour cuisiner. Il mange, matin, midi et soir, à la cantine du centre, à des horaires précis, à respecter. En 2013, le service de Madame Piard a accueilli 433 personnes, dites « mises à l’abri » (hébergement d’urgence), 31 en « stabilisation » (réinsertion sociale) et 78 personnes en « insertion » (autonomes et dans l’attente d’un autre logement).
« Inclusion et non pas exclusion »
Hall d’accueil, espaces communs, longs couloirs, cantine…. Beaucoup d’allers et retours dans les escaliers du Phare, dans lesquels on croise des personnes d’âges et d’horizons différents : une femme nigérienne, ayant fui les violences dans son pays ; un sexagénaire, évoquant son refus de rejoindre une maison de retraite ; un autre homme d’une quarantaine d’années, qui tient à féliciter le cuisinier pour le menu proposé ; ou encore, des ados, qui se donnent rendez-vous.
Courant février 2015, le Phare a reçu un courrier du nouveau directeur général de la fondation de l’Armée du Salut, Éric Yapoudjian, informant que, désormais, le secteur des services du Havre devait être rebaptisé « secteur d’inclusion » et non d’ « exclusion ». Une nouvelle dont se réjouit la chef de service éducatif, CHRS Mazeline : « C’est un terme auquel nous tenons car c’est important de comprendre que le travail que nous faisons ici est fait pour inclure les personnes dans la société. Il faut arrêter de les renvoyer à la notion d’exclusion ». Un point de vue que rejoint Madame Emö :
Outre l’accompagnement des familles et des personnes, il y a aussi un apprentissage du « vivre ensemble », d’apprendre à être autonome. Il y a par exemple des cours de cuisine et de couture qui sont donnés dans la semaine. Nous comptons aussi beaucoup sur le travail des bénévoles, qui facilite l’organisation des événements. Un travail important pour que le sentiment d’exclusion social soit tempéré », explique Mme Emö.
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