
Avec sa nouvelle formation en trio, Amélie Affagard, chanteuse de Rouen (Seine-Maritime), sort un album, le vendredi 20 février 2015 : Tout mettre en musique. Une série de concerts en Seine-Maritime accompagne ce nouvel opus.
Votre nouvel album s’appelle Tout mettre en musique, peut-on vraiment tout mettre en musique ? Tout n’est-il pas déjà musique ?
Amélie Affagard : Par nature, chaque objet, chaque chose, chaque action possède un son particulier. Le son étant la base de la musique, il me semble naturel que tout ce qui fait partie de notre vie, rêvée ou réelle, soit un matériau idéal pour construire la symphonie de ses propres sentiments. Pour ma part, la musique naît de tous les micro-événements insignifiants de mon quotidien. L’idée d’une chanson traîne dans l’air : je l’attrape… Et un air naît de l’idée… Je l’entends brut, pas encore dégrossi… ensuite, je le nettoie, je l’affine, et le dévoile. Ou pas… des fois, c’est raté… tant pis. Ce n’est souvent qu’une question de pertinence et d’envie. Et certainement pas une histoire de censure, si tel était le sens de votre question. J’espère être immunisée encore longtemps contre l’autocensure.
« J’observe, je note »
Qu’aimez vous mettre en musique justement ?
La foultitude des détails de la vie qui fourmille. J’observe, je note… après, ça prend un sens ou pas… Pour ce premier disque, j’ai beaucoup aimé m’attacher aux choses du désir. Les aborder par le côté injustement tabou : les plaisirs solitaires, les galipettes, les rotondités généreuses. J’ai abordé également un thème un peu plus sombre, plus dérangeant, celui de la maltraitance. Ces thèmes me parlent, et les mettre en musique m’est naturel. Mais j’ai, dans ma boîte à idées, d’autres sujets qui cohabitent pêle-mêle dans un bouillon de culture parfois assez décontenançant : les slips, les orties de mon jardin, les vieux shorts de papa, les rampes d’escalator…
J’aurais tellement aimé avoir le talent pour écrire des textes à pleurer de rire, mais à mon grand regret, je n’ai pas la plume de Boby Lapointe…
Écoutez Désir, d’Amélie Affagard :
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« Mon pays, la Terre »
Vous promettez un album haut en couleurs, c’est-à-dire ?
C’est à dire que je vais hisser bien haut les couleurs du drapeau patchwork de mon pays d’adoption : la Terre… Libre à chacun d’y ajouter ses nuances, prises au hasard sur la palette de l’imaginaire, parce qu’un drapeau, ça doit vivre, se régénérer.
Je souhaite que chacun voie dans mon album le reflet de sa propre poésie, le ressente selon les échos de sa propre culture, en y mêlant la folie de ses propres rêves. J’ai puisé, de manière assez large, dans les rythmes qui témoignent de la mixité culturelle dans laquelle j’ai eu le bonheur d’évoluer tout au long de ma double carrière de chanteuse et d’être humain : un poil de reggae, une dose de rock, un fond de sauce tsigane…
À la recherche de « nounous »
Comment est né ce disque ?
Il est né par voie naturelle… il était désiré, le fruit de mes amours avec le public qui me suit depuis tant d’années déjà. Il n’y a eu ni césarienne, ni péridurale… À sa naissance, j’ai eu du mal à couper le cordon, mais aujourd’hui, je suis fière de lui laisser prendre son envol. Il pèse 12 titres et trois musiciens, et je suis à la recherche active d’un nombre incalculable de nounous pour m’aider à l’élever dans les meilleures conditions d’amour…
Bon, plus sérieusement, ce disque est arrivé comme une évidence. Nous avions bien rodé toutes les chansons en concerts, et les encouragements du public, couplés à sa lancinante réclamation d’un support enregistré, nous ont conduits naturellement à envisager sérieusement la chose. Nous avons senti que c’était le bon moment. Le hasard de calendrier a fait que ce moment correspondait aussi à la fin de ma grossesse, ce qui fait que l’enregistrement et le fruit de mes entrailles sont sortis de manière quasi simultanée…
En le réécoutant, j’ai l’impression d’entendre des contractions dans le son de ma voix… mais c’est certainement très psychologique.
Amélie Affagard a également chanté dans Swing Gadjé :
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Un album autour de la féminité
Justement, cela amène à mon autre question. Changement de taille dans votre vie, vous êtes devenue maman. Cela influe-t-il désormais sur votre façon de chanter, de percevoir la musique ?
Nous sommes la somme de toutes nos rencontres. Et il se trouve qu’en effet, j’ai fait la connaissance, il y a peu, d’un tout petit bout d’amour qui vient de changer ma vie en long en large et en profondeur… Je pense que cette rencontre particulière va peser bien lourd sur la somme de toutes les autres. Cependant, je n’ai pas encore pris assez de recul pour savoir de quelle façon ma perception de la musique va changer, ni même si elle va changer ! L’album que je viens de sortir tourne avant tout autour de la féminité, du désir, des hormones, tout ça… Le suivant parlera t-il de maternité ? Je n’en suis pas si sûre. Peut-être quelques allusions, oui… Il sera certainement empreint de cette nouvelle nuance d’amour que chaque millimètre carré de mon existence vient de découvrir : l’amour inconditionnel, irrationnel, existentiel, qui dépasse tellement le domaine du sensoriel… plein de choses en « el », quoi… faut dire que je vois tellement de choses en elle! Mais bon je m’égare, je m’égare… Ceci dit, pour reprendre le début de votre question, ma taille est la seule chose qui n’a point changé…
Vous jouez dans différents endroits (théâtres, médiathèques, salles…). Est-ce qu’il y a un endroit insolite dans lequel vous aimeriez vous produire ?
Oui, j’aimerais bien chanter dans les arbres. Il y a déjà de doux rêveurs qui y dorment, qui y créent des gîtes. Certains même tentent d’y vivre. Pourquoi pas imaginer y faire un concert ? Bon, après, il y a le stade de France… paf, en trio, j’aurais même pas peur… mais bon… les arbres, c’est bien aussi, et c’est tellement plus proche de mes aspirations…
- Où voir Amélie Affagard ?
Vendredi 20 février 2015 : Sortie de l’album à l’Avant scène, rue Georges Clémenceau, à Grand-Couronne, à 20h. Tarifs : de 7 à 10 euros.
Vendredi 27 mars 2015 : le Bastringue, rue Docteur Postel, au Havre, à 20h. Tarif : 8 euros.
Mardi 31 mars 2015 : au Théâtre le passage, rue Jules Ferry, à Fécamp, à 20h30. Tarif : 8 euros.