LE MONDE | | Par Harold Thibault (Shanghaï, correspondance)
image: http://s2.lemde.fr/image/2015/02/17jour-de-pollution-a-wuhan dans la province du Hubei le 16 février 2015. Darley SHEN/REUTERS
Sun Hongbin met à l’épreuve les engagements du gouvernement contre la pollution. Ce citoyen, qui se dit simplement « dévoué à la protection de l’environnement », a demandé à l’administration de plusieurs villes parmi les plus polluées du pays, dans la ceinture de la métallurgie et du charbon qui entoure Pékin, de lui fournir les études d’impact des usines dont les voisins disent le plus grand mal.
Une ambitieuse loi sur l’environnement, en vigueur depuis le 1er janvier, l’y autorise désormais. Mais à Handan (nord-est), le bureau de la protection de l’environnement lui répondit dans un premier temps ne pas pouvoir donner suite à sa demande concernant une centrale thermique, ne sachant pas à qui, de l’État ou du citoyen, il revenait de payer les photocopies. Du moins jusqu’à ce qu’un nouveau site Internet d’information, The Paper, vienne interroger les officiels locaux sur ces lenteurs. Sun Hongbin reçut le dossier exigé deux jours après publication de l’article.
« Guerre contre la pollution »
Dans une autre ville, on lui expliqua de nouveau ne pas pouvoir l’aider, car l’imprimante du bureau était malencontreusement en panne. Malgré ces lourdeurs, M. Sun préfère voir le côté positif. Avant, il n’existait tout simplement pas de droit à l’information. « C’est nouveau. Ils n’ont pas été confrontés à beaucoup de cas similaires », tempère-t-il.
Voilà un an que le premier ministre, Li Keqiang, a déclaré une « guerre contre la pollution », devenue un sujet de mécontentement populaire majeur. Le premier combat est interne. Inspectant le ministère de la protection de l’environnement en janvier, la commission disciplinaire du Parti communiste chinois y a relevé quantité d’irrégularités. « Certains dirigeants et officiels ainsi que leurs proches mettent leurs doigts dans les évaluations environnementales au détriment du droit », constate l’organe anti-corruption.
Dimanche 15 janvier, cette puissante commission contrôlée par un protégé du président Xi Jinping évoquait treize cas détaillés. Au Henan, le sous-directeur de la planification et des finances du ministère au niveau provincial, Li Qiumin, a engrangé 2,97 millions de yuans (418 000 euros) en accordant des droits à rejeter des polluants et des dérogations à la politique de fermeture des usines les plus polluantes. Au Fujian (sud-est), c’est le sous-directeur du bureau de l’environnement, Wang Guozhang, qui a perçu 1,6 million de yuans en liquide ainsi qu’en bons-cadeaux et en équipement photographique pour approuver des projets polluants, avant d’être condamné à dix années d’emprisonnement. « Le ministère traîne de longue date ce type de gangrène. Identifier explicitement le problème est déjà une avancée », estime Lin Boqiang, un professeur spécialisé dans les questions énergétiques et environnementales à l’université de Xiamen.
« Secret d’État »
Pas surprenant donc qu’un ministère rongé par la corruption ait longtemps été perçu comme une force de résistance davantage que de progrès environnemental. En 2013, cette administration argua d’un prétendu « secret d’État » pour refuser la demande de publication d’un rapport sur l’ampleur de la pollution des sols chinois. Un avocat de Pékin, Dong Zhengwei, dut saisir la justice pour en obtenir une copie, un an plus tard seulement, après que l’affaire eut ridiculisé le ministère aux yeux de l’opinion.
Ce dernier constatait dans le rapport que 16 % des sols du pays sont contaminés, ne se déclarant « pas optimiste » sur la situation. « Le gouvernement craint, en publiant ce type d’informations, d’être dépassé par les médias et l’opinion publique, voire d’être confronté à des manifestations », juge M. Dong. Ces préoccupations sécuritaires sont en conflit direct avec la transparence, présentée comme une partie de la solution au problème environnemental chinois.
Face à ces critiques, le ministre chinois de l’environnement, Zhou Shengxian, constatait en personne en juillet 2013 que son administration était l’une des quatre pires de la planète. En janvier, il a été remplacé par Chen Jining, un spécialiste des problématiques environnementales, ancien directeur de la prestigieuse université de Tsinghua, dans l’espoir qu’il se révèle plus compétent que son prédécesseur.
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