(fil-fax 07/02/15)

Sur une carte, le projet de pôle métropolitain de Caen ressemble à une peau de chagrin. A son socle de fondateurs bien campé autour du chef-lieu de la Basse-Normandie pourraient en effet s’ajouter des intercommunalités dispersées dans la région, jusqu’à Coutances, Cherbourg, Alençon, Flers ou Argentan. Mais qu’on ne s’y trompe pas : cet ensemble rassemble l’essentiel des forces vives de la région, 32 EPCI au total représentant plus d’un million d’habitants soit près des trois-quarts de la population de la Basse-Normandie. Il bénéficie de la caution des trois conseils généraux et du conseil régional. Son intitulé complet (Caen Normandie Métropole) ressemble étrangement à celui d’une autre structure voisine (Métropole Rouen Normandie).
Comme tous les pôles métropolitains, celui de Caen ne constituera pas une collectivité nouvelle. « On ne parle pas de nouvelle structure mais d’une instance de coopération où chacun participerait aux projets qui l’intéresse », rappelle Joël Bruneau maire UMP de Caen. Pour autant son étendue potentielle montre qu’il est aussi une manière pour les élus de Basse-Normandie, toutes tendances confondues, de faire bloc alors que l’inquiétude monte face aux conséquences de la fusion des deux régions. « La Normandie de demain ne pourra exister que si elle s’appuie sur l’ensemble de ses forces et parmi ces forces figurent les territoires de l’ouest qui ont un poids économique et universitaire », dit Joël Bruneau.
En Basse-Normandie, beaucoup apprécient peu en effet l’affirmation maintes fois répétée par des élus rouennais que la capitale de la Normandie ne peut être que leur ville compte-tenu du poids de sa population et de son érection en métropole. Encore récemment lors de ses vœux, le maire PS de Rouen Yvon Robert a répété que, sur cette question, il n’y avait « absolument aucun débat » tout en précisant que la métropole rouennaise et la Région devaient avoir « le souci du développement » de toute la Normandie. « Cette manière de dire : circulez, il n’y a rien à voir est une vision héritée du XIXème siècle pour ne pas dire du XVIIIème », lui répond Joël Bruneau. Le président PS de la Région Basse-Normandie Laurent Beauvais juge que le maire de Rouen a eu « tort » de faire cette déclaration en demandant sur France 3 à chacun de « travailler pour rendre les choses équilibrées ». De son côté, son homologue de Haute-Normandie Nicolas Mayer Rossignol préfère ne plus s’exprimer sur cette question et appelle à cesser « les guerres picrocholines ».
Une Normandie sur trois pôles
Pour le maire UDI de Deauville Philippe Augier, la création d’un pôle métropolitain qui rayonnerait de Caen à Cherbourg permettra de parvenir à « un équilibre » des territoires en Normandie. « La métropole autour de Rouen est déjà constituée et le pôle de l’estuaire est en cours de constitution », rappelle-t-il. En ce qui le concerne, il réserve sa réponse quant à son adhésion au pôle caennais alors que la Communauté de communes de Deauville est déjà un élément moteur du pôle de l’estuaire, autour du Havre. Mais il estime que ces deux pôles devront travailler ensemble, notamment sur la question des ports et des aéroports.